Arcanes, tirages, runes, et 3 articles pour aller plus loin.
Le tarot est né comme jeu de cartes dans l'Italie du XVe siècle, bien avant les usages divinatoires. Nous présentons son histoire documentée, le Tarot de Marseille, les oracles, quelques tirages simples et ce que l'on peut raisonnablement en attendre.
Le tarot et les oracles sont des jeux d’images et de symboles que nous pouvons employer pour organiser une réflexion, raconter une situation ou nourrir notre imaginaire. Le tarot possède une histoire documentée, née comme jeu de cartes dans l’Italie du Nord du XVe siècle avant de connaître des usages divinatoires plus tardifs. Les oracles, eux, se distinguent par une structure beaucoup plus libre. Pour bien les aborder, nous gagnons à connaître leurs lames, leurs traditions de tirage et leurs limites.
Du jeu de cour à la lecture symbolique
Le tarot n’est pas né dans un cabinet d’occultiste. Les premiers jeux apparaissent en Italie du Nord au XVe siècle, sous les noms de trionfi, puis de tarocchi. Les somptueux jeux Visconti-Sforza, commandés par une famille milanaise vers 1450-1460, comptent parmi les témoins les plus célèbres de cette période.
À l’origine, il s’agit d’un jeu de société composé de cartes numérales, de figures et d’atouts. Cette donnée historique remet utilement les images à leur place : le tarot a d’abord circulé entre les mains de joueurs, bien avant d’être investi de significations ésotériques.
Des cartes à jouer gravées et coloriées : le tarot a d'abord circulé entre les mains de joueurs.
Le nom « tarot de Marseille » mérite lui aussi quelques nuances. Il désigne une famille iconographique et une tradition de fabrication, sans correspondre à un unique jeu originel. La Bibliothèque nationale de France, qui présente un tarot de Philippe Vachier daté de 1639, indique qu’il s’agit du plus ancien tarot « de Marseille » connu produit dans cette ville. Jusqu’à cette découverte, le seul autre tarot « de Marseille » du XVIIe siècle connu était celui de Jean Noblet, produit à Paris vers 1650 : le nom désigne donc un type de jeu, pas seulement une ville de fabrication.
Au XVIIIe siècle, le regard porté sur ces cartes se transforme. Antoine Court de Gébelin les associe à une lecture savante et symbolique dans Le Monde primitif, en 1781. Jean-Baptiste Alliette, connu sous le nom d’Etteilla, publie en 1783 une méthode consacrée aux tarots et développe une pratique divinatoire professionnelle. Au XIXe siècle, Éliphas Lévi inscrit à son tour le tarot dans le renouveau de l’occultisme.
Cela ne valide pas les récits qui font du tarot un livre venu d’Égypte, un legs des Templiers, une tradition secrète hébraïque ou tsigane. Ces récits appartiennent à la légende culturelle du tarot ; aucune preuve historique ne les établit.
Le Tarot de Marseille : 78 cartes et une grammaire visuelle
Un tarot de Marseille compte 78 cartes. Sa structure associe 22 atouts, souvent appelés arcanes majeurs, et 56 cartes réparties dans quatre enseignes latines : bâton, coupe, denier et épée. Chaque enseigne comprend quatorze cartes.
Les arcanes majeurs retiennent souvent l’attention parce qu’ils portent des personnages, des scènes et des figures immédiatement évocatrices. Nous y rencontrons le Bateleur, la Papesse, l’Impératrice, l’Empereur, le Pape, l’Amoureux, le Chariot, la Justice, l’Hermite, la Roue de Fortune, la Force, le Pendu, l’Arcane sans nom, Tempérance, le Diable, la Maison Dieu, l’Étoile, la Lune, le Soleil, le Jugement, le Monde et le Mat.
Quelques repères évitent bien des confusions :
la Justice porte le nombre VIII ;
la Force porte le nombre XI ;
le Mat n’est pas numéroté ;
l’Arcane sans nom est la désignation traditionnelle de la lame XIII ;
les 56 cartes mineures prolongent la lecture par les quatre enseignes et leurs figures.
Le Mat est particulièrement intéressant : sans nombre, il échappe à l’ordre fixe tout en traversant l’ensemble du jeu. Dans les lectures initiatiques, il devient volontiers le marcheur qui recommence, bifurque et repart. Nous pouvons approfondir la symbolique de chaque figure avec notre dossier sur le tarot de Marseille et ses 22 arcanes majeurs.
L’édition publiée par Paul Marteau chez Grimaud en 1930 a beaucoup contribué à fixer, pour le grand public, l’appellation et l’apparence contemporaine de l’« Ancien Tarot de Marseille ». Pour une présentation détaillée de la composition du jeu et de ses cartiers, l’article consacré au Tarot de Marseille sur Wikipédia rassemble les principaux repères historiques.
Un voyage de lames, sans enfermer la vie dans un scénario
Une manière traditionnelle de raconter les arcanes majeurs consiste à y voir le parcours d’un personnage. Le Bateleur ouvre la marche : il a ses outils devant lui, son élan, son inexpérience aussi. Le Pendu marque un arrêt, un changement de point de vue ou une suspension. Tempérance évoque la circulation et l’ajustement. La Maison Dieu renvoie à une rupture des constructions anciennes, tandis que l’Étoile, la Lune, le Soleil, le Jugement et le Monde dessinent un horizon de clarté, d’appel ou d’accomplissement.
Ce récit séduit parce qu’il donne une cohérence aux images. Mais il ne faut pas le traiter comme la biographie automatique de toute personne qui mélange un paquet. Le tarot n’impose pas une trajectoire. Il propose un vocabulaire visuel dans lequel nous pouvons reconnaître une hésitation, une opposition, une période de mouvement ou une question laissée ouverte.
La tradition insiste d’ailleurs sur un point utile : aucune lame n’est favorable ou défavorable en soi. Une image prend son relief auprès des autres. La Maison Dieu, par exemple, peut évoquer un bouleversement ; elle ne décide pas à elle seule de la nature ni de l’issue d’une situation. Le Soleil n’annule pas non plus toute difficulté par sa seule présence.
Lire une carte, c’est donc observer :
sa place dans le tirage ;
les lames qui l’entourent ;
la question formulée ;
les correspondances visuelles ou narratives entre les cartes ;
ce que la personne souhaite réellement éclaircir.
Cette prudence vaut également pour les pratiques voisines. Les images des runes, par exemple, relèvent d’une autre histoire et d’un autre alphabet symbolique : elles ne se confondent pas avec les atouts du tarot.
Tarot et oracle : deux familles, deux libertés
Le mot « oracle » recouvre des jeux très différents. Là où le tarot repose sur une architecture reconnue de 78 cartes, l’oracle peut compter un nombre variable de lames, adopter ses propres thèmes et afficher des mots, des scènes ou des indications plus explicites.
Aspect
Tarot de Marseille
Oracle
Structure
78 cartes, dont 22 atouts et 56 cartes mineures
Composition libre selon le jeu
Langage
Enseignes, nombres, figures et scènes traditionnelles
Mots-clés, images ou systèmes propres au créateur
Apprentissage
Demande de repérer une grammaire commune
Peut être plus direct si les cartes portent leur sens
Interprétation
Souvent relationnelle, par combinaisons de cartes
Dépend du livret, des symboles et de la méthode du jeu
Pour débuter, nous pouvons choisir un oracle dont les cartes indiquent clairement une idée ou un mot-clé. Cela facilite la prise en main sans prétendre réduire l’interprétation à une réponse toute faite. Avec l’expérience, certaines personnes préfèrent des jeux plus ouverts, où le ressenti et l’observation de l’image prennent davantage de place.
Deux cartes suffisent pour une première lecture, à observer avant de les interpréter.
Parmi les jeux souvent cités, l’oracle Gé compte 61 cartes. Certaines possèdent un double sens, signalé par des numéros placés en haut et en bas. Ses cartes-saisons sont traditionnellement utilisées pour situer un événement : le 3 pour le printemps, le 24 pour l’été, le 41 pour l’hiver et le 55 pour l’automne. Deux saisons voisines peuvent être lues comme une durée. Il s’agit d’un code interne au jeu, non d’une mesure fiable de l’avenir.
L’oracle de la Triade compte 57 lames. Il va d’Alpha à Oméga et puise dans un ensemble vaste de symboles et de croyances, notamment kabbalistiques, astrologiques et numérologiques.
Préparer un tirage sans théâtraliser la question
Un tirage gagne en qualité lorsqu’il commence par une question compréhensible. Nous pouvons interroger une situation présente, une décision à mûrir, une relation à clarifier ou une difficulté à nommer. En revanche, chercher une certitude absolue ferme souvent la réflexion au lieu de l’ouvrir.
Pour un tarot réduit aux seuls arcanes majeurs, le geste traditionnel est simple : nous battons les 22 cartes, formulons intérieurement ou à voix basse notre question, les étalons en éventail, puis tirons les lames une à une avant de les retourner. Ce rituel n’a rien d’obligatoire ; il sert surtout à installer de l’attention.
Une formulation utile reste concrète et non fataliste. Par exemple :
« Qu’est-ce qui demande mon attention dans cette situation ? »
« Quel conflit puis-je mieux comprendre ? »
« Quelle attitude puis-je examiner avant de décider ? »
« Que montre cette relation telle qu’elle est aujourd’hui ? »
À l’inverse, des questions qui exigent une date certaine, une garantie amoureuse ou un résultat financier placent les cartes dans un rôle qu’elles ne peuvent pas tenir. Un tirage ne remplace ni une information vérifiable, ni un conseil juridique, ni une discussion franche avec les personnes concernées.
Dans les sujets affectifs, nous pouvons utiliser les cartes comme support d’introspection, sans en faire un verdict sur les sentiments d’autrui. Nos pages sur le tarot de l’amour et sur amour et destin proposent cette approche attentive aux nuances plutôt qu’aux prédictions définitives.
Deux lames pour aller à l’essentiel
Le tirage à deux cartes convient à une question brève. Il ne prétend pas épuiser une situation ; il fait apparaître une tension, un dialogue ou un contraste. La première carte peut décrire le contexte et la seconde une dynamique possible. Nous pouvons aussi les lire comme deux aspects simultanés d’un même sujet.
L’intérêt de ce format tient à sa sobriété. Avec seulement deux images, nous sommes moins tentés d’accumuler des interprétations. Une carte d’arrêt placée à côté d’une carte de mouvement ne signifie pas nécessairement « blocage puis réussite » : elle peut montrer qu’un mouvement demande une pause, ou qu’une décision hâtive mérite d’être différée.
La lecture par binômes est ancienne dans les pratiques de cartomancie. Les lames se répondent horizontalement, verticalement ou en diagonale selon la disposition retenue. Nous observons alors les contrastes de couleurs, de gestes, de directions et de nombres, sans isoler un symbole de son voisinage.
Ce principe rappelle que l’interprétation ne réside pas dans un dictionnaire immobile. Une même carte peut prendre une tonalité très différente selon la question posée et la composition du tirage. L’expérience racontée dans notre entretien avec une cartomancienne illustre bien l’importance de l’écoute et du contexte.
Le tirage en croix : une carte centrale qui relie l’ensemble
Le tirage en croix à cinq lames est l’une des dispositions les plus connues. Dans la tradition présentée ici, il comporte une carte pour le consultant, une pour les imprévus, une pour le dénouement, une pour la situation présente et une synthèse, placée au centre, qui influence les quatre autres.
La force de cette disposition vient moins de la promesse d’une réponse que de son architecture. Elle oblige à distinguer ce qui est déjà là, ce qui échappe au contrôle, ce qui pourrait évoluer et ce qui relie le tout. Avant de chercher une conclusion, nous pouvons décrire chaque lame avec des mots simples : personnage seul ou entouré, mouvement ou immobilité, construction ou ruine, lumière ou obscurité.
Voici une méthode de lecture mesurée :
nommer la question exacte avant de tirer ;
regarder chaque carte séparément, sans consulter trop vite un livret ;
relever les répétitions : mêmes directions, mêmes couleurs, même idée de fermeture ou d’ouverture ;
comparer les cartes entre elles ;
formuler une synthèse conditionnelle plutôt qu’une certitude.
Il est préférable de ne pas refaire immédiatement le même tirage jusqu’à obtenir une combinaison rassurante. Cette répétition peut alimenter l’inquiétude. Lorsqu’une question concerne une souffrance psychique ou physique, une pratique symbolique ne remplace pas un médecin, un professionnel de santé ou un accompagnement adapté.
Les douze maisons : cartographier six mois avec réserve
Le tirage des douze maisons propose une lecture plus ample. Une lame est posée dans chacune des maisons : l’être, l’avoir, la vie en société, la famille, les enfants et loisirs, le quotidien, l’amour, la psychologie individuelle, la spiritualité et les voyages, la vie professionnelle, les amis, puis les épreuves.
La tradition le situe sur une période de six mois. Nous pouvons y voir une carte de réflexion plus qu’un calendrier gravé d’avance. Son intérêt est de faire apparaître les domaines auxquels nous accordons de l’importance et ceux que nous négligeons peut-être dans notre manière de raconter notre vie.
La comparaison de la maison I, liée à l’être, et de la maison VIII, liée à la psychologie individuelle, est parfois utilisée pour observer une évolution intérieure. Là encore, il convient de parler d’hypothèses et de pistes. Les cartes ne diagnostiquent pas une personnalité et ne prédisent pas des événements.
Ce type de tirage se prête bien à la tenue d’un carnet. Nous pouvons noter la date, la question, les lames et les impressions premières, puis relire nos notes après quelque temps. Ce recul permet de voir ce que les images ont réellement suscité : une décision déjà en préparation, un angle oublié, un besoin de conversation ou simplement une histoire symbolique marquante.
Les 32 cartes : une autre tradition de cartomancie
La cartomancie ne se limite pas au tarot. Un jeu de 32 cartes peut également être lu selon des codes populaires. La tradition conseille souvent de réserver un jeu à cet usage, de le conserver avec soin et, si cela aide à créer une atmosphère recueillie, d’allumer une bougie ou de disposer un peu d’encens. Ces gestes sont facultatifs : ils ne confèrent pas de pouvoir particulier aux cartes.
Dans les significations traditionnelles les plus simples, le cœur se rapporte aux sentiments, tandis que le pique évoque les soucis et les démarches. Ces repères ne sont pas universels et varient selon les écoles, les régions et les praticiens. Leur utilité est surtout de fournir une langue commune pour construire un récit.
Le jeu de 32 cartes peut être disposé en croix, selon les « sept piliers » ou les « treize portes ». Chaque méthode organise un espace de lecture différent. Nous recommandons de commencer par une seule disposition et de l’utiliser plusieurs fois, plutôt que de changer de système à chaque tirage.
Les supports symboliques peuvent se croiser sans se confondre. Une personne attirée par les objets divinatoires peut aussi s’intéresser au pendule et à la radiesthésie, tout en gardant la même prudence : ces pratiques ne fournissent pas une preuve et ne doivent pas décider seules d’un choix important.
Ce que transmet la tradition, ce que nous pouvons en attendre
Les traditions du tarot, des oracles et de la cartomancie transmettent un répertoire d’images, de gestes et de récits. Elles proposent des méthodes pour poser une question, établir des relations entre les cartes et mettre des mots sur une expérience. Elles peuvent offrir un temps de recul, soutenir l’imagination ou aider à formuler ce qui restait confus.
Nous pouvons raisonnablement attendre d’un tirage qu’il ouvre une réflexion, pas qu’il prouve une vérité sur l’avenir. Il peut aider à considérer plusieurs aspects d’une situation ; il ne garantit ni rencontre, ni réconciliation, ni gain, ni disparition d’un problème. La responsabilité de nos décisions demeure la nôtre.
Cette distinction est particulièrement importante lorsque quelqu’un traverse une période de fragilité, de deuil, d’isolement ou de difficulté financière. Les pratiques divinatoires ne doivent jamais exploiter la peur, imposer des dépenses ou prétendre détenir une autorité absolue. Le droit français réprime notamment l’abus de faiblesse ; en cas de pratique commerciale trompeuse ou de pression, nous pouvons effectuer un signalement sur SignalConso.
Enfin, une carte qui trouble n’est pas une condamnation. Nous pouvons refermer le jeu, en parler à un proche, revenir plus tard à la question ou choisir de ne pas interpréter. Le plus précieux dans ces traditions reste peut-être cette liberté : regarder des images anciennes, écouter ce qu’elles réveillent en nous, puis conserver notre jugement.
Questions fréquentes
Le tarot repose sur une structure fixe de 78 cartes, comprenant 22 atouts et 56 cartes réparties en quatre enseignes. Un oracle possède une composition libre : son nombre de cartes, ses thèmes et ses mots-clés dépendent du jeu. Cette différence explique pourquoi certains oracles paraissent plus directs pour débuter.
Le tarot est né dans l'Italie du Nord au XVe siècle, d'abord comme jeu de société. Le nom « tarot de Marseille » désigne une tradition de fabrication et d'images liée notamment à des cartiers marseillais. Un jeu complet de Philippe Vachier, daté de 1639, est le plus ancien tarot de ce type connu produit à Marseille.
Nous pouvons commencer avec les 22 arcanes majeurs : battre les cartes, formuler une question simple, les étaler en éventail puis tirer une ou deux lames. Lisez d'abord les images, leurs personnages, leurs directions et leurs contrastes. Un tirage à deux cartes est souvent suffisant pour réfléchir sans se perdre dans les interprétations.
Non. Dans une lecture traditionnelle, aucune lame n'est définitivement bonne ou mauvaise. La Maison Dieu peut évoquer une rupture, une transformation ou la chute d'une construction devenue fragile, mais son sens dépend de la question et des cartes voisines.
L'oracle Gé compte 61 cartes et comporte quatre cartes-saisons : 3 pour le printemps, 24 pour l'été, 41 pour l'hiver et 55 pour l'automne. La tradition les utilise pour situer symboliquement un événement dans le temps. Elles ne constituent pas une méthode fiable pour prédire une date certaine.
Non. Les cartes peuvent soutenir une réflexion personnelle, mais elles ne remplacent ni un médecin, ni un professionnel de santé, ni une information vérifiable, ni une conversation avec les personnes concernées. Pour une décision importante, il est préférable de croiser son ressenti avec des échanges et des sources concrètes.